Contexte
Avec la quantité croissante d'informations circulant sur le COVID-19 et l'évolution des connaissances scientifiques sur la maladie, il peut être difficile de s'y retrouver. En effet, il a été estimé que plus de 200 000 articles scientifiques relatifs au COVID-19, parfois contradictoires, ont été publiés en 2020[1]. Cette abondance d'informations, associée à la lassitude face aux pandémies, a créé beaucoup d'incertitude, surtout à un moment où le grand public et les décideurs politiques ont besoin de clarté. Cependant, les articles scientifiques ne sont pas les seuls à être largement diffusés, le grand public produit également des informations, notamment via les réseaux sociaux. En effet, ces derniers mois, nous avons été inondés d'informations, et selon UN Global Pulse, l'initiative du Secrétaire général de l'ONU sur le big data et l'intelligence artificielle, les informations sur le virus ont été mentionnées près de 40 millions de fois sur Twitter et les sites d'information en ligne dans les 47 pays de la région africaine de l'OMS entre février et novembre 2020.
Ces informations peuvent être délibérément trompeuses (c'est la désinformation), tandis que certaines informations sont produites et partagées sans nécessairement avoir l'intention de tromper le lecteur (c'est la mésinformation).
Comme l'a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dans son discours d'ouverture, "les processus scientifiques, la prise de décision dans un contexte d'urgence et la communication de masse ne vont pas facilement de pair".
C'est pourquoi, du 7 au 25 juin 2021, lors de la conférence mondiale de l'OMS sur la "communication de la science pendant les urgences sanitaires", diverses parties prenantes se sont réunies pour partager leurs expériences des défis rencontrés pendant la pandémie de COVID-19, pour tirer des enseignements des situations rencontrées et pour élaborer un ensemble de principes pour une communication scientifique efficace pendant les urgences de santé publique.
Le rôle des plateformes de connaissances dans la communication de la science autour de la prise de décision
L'impact du COVID-19 a mis à rude épreuve même les systèmes de santé les plus résilients. Cela a prouvé, une fois de plus, qu'il est primordial de disposer de plateformes de collecte de connaissances et de données fiables afin que les décideurs et le public puissent prendre des décisions en connaissance de cause, car de meilleures informations sanitaires conduisent à une meilleure santé. De telles données et preuves peuvent être trouvées dans des plateformes de connaissances telles que l'observatoire intégré de la santé en Afrique (iAHO). L'iAHO, en tant que portail d'intelligence sanitaire en ligne, vise à fournir une vue d'ensemble en temps réel de ce qui se passe dans le contexte de la COVID-19 dans la région (par exemple, en fournissant des tableaux de bord sur les perturbations des services de santé essentiels, des articles de blog, des points de vue, etc.)
Au niveau national, les plateformes de connaissances jouent également un rôle crucial dans la communication de la science autour de la prise de décision. Au cours de la conférence, les centres nationaux des plateformes de l'Observatoire africain de la santé sur les systèmes et les politiques de santé (AHOP) du Kenya et du Nigeria ont pu partager leurs expériences des activités liées à COVID-19. Leurs plateformes ont servi de tremplin pour traduire le jargon scientifique en un langage plus accessible.
Au Nigeria, par exemple, l'utilisation d'articles de blog pour communiquer les dernières recherches, parallèlement aux articles scientifiques destinés à un public très technique, s'est avérée efficace, puisque le contenu du COVID-19, facile à lire et ouvert à un public non technique, a été lu des milliers de fois. Ce mode de communication a permis de partager des informations fiables avec un large public. En outre, le centre national AHOP du Nigéria a organisé plusieurs événements pour échanger et sensibiliser directement les communautés et les décideurs politiques. Cela a créé une opportunité pour un dialogue plus avancé en vue d'une action entre les acteurs communautaires et les décideurs politiques, mais c'était aussi un moyen de faire progresser la responsabilité entre les décideurs politiques et les acteurs communautaires.
Au Kenya, le centre national AHOP a servi de passerelle entre les chercheurs et les décideurs politiques pour améliorer l'utilisation des preuves dans l'élaboration des politiques. C'est pourquoi des articles de synthèse conjointe et d'application des connaissances, concis et simples, ont été élaborés afin de fournir un accès rapide à des données probantes de haute qualité sur le COVID-19, adaptées aux divers besoins des décideurs politiques.
Les données et informations sanitaires fiables disponibles sur ces plateformes de connaissances permettent non seulement aux décideurs politiques et au public de comprendre la maladie, mais confèrent également une légitimité aux mesures de santé publique à prendre pour contenir la pandémie.
Les réseaux sociaux : un lieu de partage mais aussi de prévention de la désinformation et de la mésinformation
Tout au long de la conférence, il a été souligné que les médias sociaux jouent un rôle dominant dans la diffusion de l'information. À l'ère de l'information, il n'est pas surprenant qu'une quantité innombrable d'informations circule sur les réseaux sociaux. Si cette circulation massive d'informations peut être bénéfique, car elle permet le partage des meilleures pratiques, les réseaux sociaux sont également une plateforme pour le partage de fausses informations qui peuvent saper les efforts de santé publique, être dangereuses pour la santé et prolonger la pandémie.
Dans la région africaine, ces rumeurs circulent aussi activement. Selon une étude des CDC d'Afrique sur les "Perceptions du vaccin COVID-19", 66% des personnes interrogées ont déclaré avoir vu ou entendu des rumeurs sur le COVID-19. Plus d'un an après l'épidémie, une minorité de personnes interrogées pensent que la maladie est d'origine humaine (23%) ou n'existe pas (6%).
Afin de lutter contre la désinformation et la mésinformation entourant le COVID-19, l'Alliance Africaine sur l'Infodémie (AIRA) a été créée. Comme le définit le Dr Matshidiso Moeti, directeur régional de l'OMS pour l'Afrique, "une infodémie est un déluge d'informations dans une situation d'urgence sanitaire, certaines informations sont vraies mais d'autres sont fausses, trompeuses ou même carrément dangereuses. La désinformation sanitaire virale coûte des vies."
Ce réseau, hébergé par l'OMS, est une plateforme qui rassemble des agences opérationnelles gouvernementales et intergouvernementales ainsi que des acteurs/entités non étatiques qui se mobilisent contre la menace infodémique autour de COVID-19 et la menace infodémique en général.
Comme l'a expliqué Aurélie Skrobik, analyste en réponse aux infodémies, lors de la conférence, cette alliance permet à la région africaine de contrer la désinformation et la mésinformation en utilisant ce qui est publié en ligne pour fournir des informations exactes et factuelles au grand public. "ViralFactss" a donc été créé sur plusieurs plateformes (Twitter, Instagram et Facebook), où il est possible de vérifier la véracité des informations sur les mêmes plateformes où circulent ces informations fausses ou incorrectes.
En plus du travail effectué par les fact-checkers, l'industrie technologique a rapidement mis en place des mécanismes pour empêcher la circulation de fausses informations et faciliter l'accès à des médias et sites web fiables. Cela s'est fait, par exemple, en supprimant les contenus trompeurs, voire dangereux, en promouvant des sources d'information fiables sur leurs plateformes ou en développant des algorithmes capables de repérer les fausses informations et la désinformation.
Cependant, bien que les fact-checkers et les entreprises du numérique tentent de rétablir la véracité des informations sur les réseaux sociaux, ils ne sont pas en mesure de contrôler les informations circulant sur les canaux privés (par exemple, les courriels, les applications de messagerie ou les groupes fermés). De plus, en raison de la grande quantité d'informations qui circulent, les fact-checkers doivent sélectionner les informations les plus alarmantes, rendant l'analyse des informations exhaustive.
Vers une meilleure préparation aux futures pandémies.
De nombreuses recommandations ont été partagées à l'issue de la conférence afin de s'assurer qu'au cours de cette pandémie et de celles à venir, la circulation de meilleures preuves soit plus largement répandue.
Premièrement, il a été noté qu'il est important "d'éduquer et de donner aux gens les moyens de s'y retrouver dans la quantité écrasante d'informations qui circulent pendant une pandémie". Deuxièmement, il est également important que les secteurs privé et public continuent à travailler ensemble pour lutter contre la désinformation et la mésinformation. Enfin, il est essentiel que des informations fiables, fondées sur des preuves scientifiques et facilement compréhensibles par tous, soient partagées par les médias, les communautés, les gouvernements, la société civile et les institutions.
La conférence a également été l'occasion de créer un réseau multidisciplinaire de "communicateurs scientifiques" qui seront sollicités pour de futures activités de communication scientifique.
Référence
[1] E Else, H. How a torrent of COVID science changed research publishing - in seven charts. Nature 588, 553 (2020)