Depuis plus de 18 mois maintenant, le monde entier est confronté à la pandémie du COVID-19. Dans la région Africaine on dénombre notamment près de 138 480 décès et 5 705 446 cas selon les données de l’Organisation Mondiale de la Santé pour l’Afrique (OMS/AFRO) en date du 10 Septembre 2021. Parallèlement, plusieurs maladies endémiques et épidémies continuent à sévir dans la région africaine. A titre d’exemple, la charge de la maladie du choléra reste encore élevé avec plus de 51 000 cas enregistrés en 2019 dans la région OMS/AFRO en 2019, à son tour « 348 000 décès évitables » (Dre Mathshidiso Moeti Directrice Régionale de l’OMS/AFRO) ont été causés par le paludisme en 2020, et enfin du fait de la crise humanitaire à Madagascar, plus de 300 000 enfants souffrent de malnutrition selon le Bulletin des épidémies et des urgences de l’OMS/AFRO. En effet, la région gère en ce moment 110 épidémies déclarées et environ 14 situations humanitaires.
En Guinée, où le 19 Juin 2021 la fin de l’épidémie d’Ebola avait été annoncée, a été déclaré le 9 août 2021 un premier cas de la maladie à virus de Marburg, maladie pour laquelle il n’y a pour l’instant aucun traitement ou vaccin homologué. Encore jamais présente en Guinée ou même en Afrique de l’Ouest, ce virus, tout comme celui d’Ebola est associé à des taux de létalité élevé.
Cinq jours plus tard, la Côte d’Ivoire a à son tour déclaré un cas d’Ebola dans sa capitale Abidjan, une première sur le sol ivoirien depuis 1994. Pour rappel, cette maladie avait entre 2014 et 2016 causé la mort de 11 325 personnes en Afrique de l’Ouest selon l’OMS.
Forte de son expérience face aux épidémies précédentes, l’OMS/AFRO, conjointement avec les autorités sanitaires en place, agit pour éviter la propagation des virus. Cette prise en charge immédiate se singularise par exemple par l’envoi de 5000 doses de vaccins contre le virus Ebola premièrement prévus pour la Guinée acheminés vers la Côte d’Ivoire afin que les populations vulnérables et le personnel de santé soient protégés. En Guinée, le dépêchement d’une équipe d’experts de l’OMS/AFRO pour fournir un appui technique aux autorités sanitaires ainsi que plusieurs interventions telles que la sensibilisation des communautés et de dépistage ont été des mesures rapidement prises.
En plus des épidémies qui resurgissent, plusieurs endémies constituent encore des urgences de santé publique : c’est le cas du paludisme .
Selon les dernières données sur le paludisme dans la région africaine de l’Observatoire Africain intégré de la Santé (iAHO), on peut observer que « même si la mortalité diminue avec le temps, les nouveaux cas de paludisme sont en hausse depuis 2015 ». Cette fiche d’information sur le paludisme précise qu’en 2019, 67.2% des décès liés au paludisme étaient d’enfants âgés de moins de 5 ans. Face à ce réel enjeu socioéconomique, l’OMS a mis en place une stratégie technique mondiale contre le paludisme pour guider les pays où cette endémie sévit et se félicite aussi des premiers résultats du vaccin antipaludique déployé à titre expérimental au Kenya, Ghana et Malawi. Selon Dre Matshidiso Moeti, la Directrice régionale de l’OMS/AFRO, ce vaccin pourrait être un « outil prometteur supplémentaire dans la prévention du paludisme ».
Certains pays comme le Cap-Vert ont longtemps maintenus leurs efforts dans la lutte contre le paludisme et ce malgré le COVID-19. En effet, le pays continue à allouer d’importantes ressources humaines et financières dans les activités de lutte contre le paludisme. Depuis 2018, aucune transmission locale du paludisme n’a été enregistrée rendant ainsi le Cap-Vert éligible à soumettre sa demande de certification d’élimination du paludisme auprès de l’OMS. Selon Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS, les pays comme le Cap-Vert, « ont prouvé au monde entier que l’élimination du paludisme était un objectif viable pour tous les pays ».
Cependant, la pandémie du COVID-19 a perturbé l’accès aux services de santé pour le paludisme. Selon les données de l’enquête par sondage sur la continuité des services de santé essentiels pendant la pandémie de COVID-19, 36% des pays interrogés dans la région africaine ont fait état de perturbations dans des services de diagnostic et traitement du paludisme.
Un autre exemple d’endémie latente est la tuberculose. Tout comme le paludisme, la tuberculose continue à se répandre dans la région africaine. Selon la dernière fiche d’information de l’iAHO concernant la tuberculose, « depuis le début de la décennie jusqu'en 2019, 52 millions de personnes ont été infectées par la bactérie de la tuberculose et environ 7,5 millions de personnes sont mortes de la tuberculose ». Selon cette même fiche d’information, « 79 200 décès sont prévus en 2030 ». En effet, la pandémie de COVID-19 a conduit à une réduction du nombre de patients atteints par la tuberculose ayant recours aux services de santé.
Comme souligné par Dre Moeti, le 24 mars 2021 à l’occasion de la journée mondiale contre la tuberculose, « la pandémie de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) a accentué les difficultés d’accès aux services de lutte contre la tuberculose». A cet effet, une note d’orientation politique élaborée par l’OMS/AFRO sur les « effets du COVID-19 sur les prestations de services de soins de santé pour la tuberculose » démontre que du fait des mesures de confinement, il y a eu un déclin de patients se rendant dans les services de santé par peur de contracter le virus du COVID-19, ainsi qu’une diminution dans les tests de dépistage. De plus, plusieurs centres de traitement de la tuberculose ont été transformés en centres d'isolement et de gestion du COVID-19. Les machines GeneXpert utilisées pour les tests de tuberculoses sont aussi utilisées pour les tests COVID-19, ce qui entraine par conséquence un retard dans les tests de la tuberculose. En outre, une réduction du financement de la recherche, du diagnostic et du traitement de la tuberculose a aussi été opérée afin de soutenir les programmes de lutte contre la pandémie de COVID-19.
Afin d’arriver à l’éradication de la tuberculose d’ici 2030, une approche multisectorielle reste nécessaire dans la mesure où « les déterminants de la santé tels que la pauvreté, la dénutrition, la pollution intérieure, le tabagisme, et les comorbidités comme le VIH restent les catalyseurs de l’épidémie de tuberculose dans la Région africaine » (Dre Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l’OMS/AFRO).
Enfin, le choléra aussi présente encore un danger dans plusieurs pays africains. La maladie se propageant principalement lorsque l’accès à l’eau potable est limité et étroitement liée à un assainissement de mauvaise qualité, l’épidémie de choléra est actuellement en cours dans plusieurs pays de la région tels que la Kenya, le Mozambique ou encore le Nigéria. En Éthiopie, en Zambie ainsi qu’au Nigéria, des campagnes de vaccination orale contre le choléra ont été organisées malgré la pandémie de COVID-19 en cours.
Mettre complètement fin à cette endémie supposerait que l'assainissement et les conditions d'hygiène soient améliorés dans la région africaine, et ce, surtout dans les zones rurales (cf. infographie SDG 6 eau et assainissement).
Il est tout aussi important de rappeler que plusieurs pays africains font actuellement aussi face à d’importantes crises humanitaires. Selon le Bulletin des épidémies et des urgences (semaine 32 – 02-08 août 2021) préparé par le Programme des urgences sanitaires de l'OMS/AFRO, ces pays incluent notamment le Soudan du Sud, le Mali, Madagascar, le Cameroun, le Burkina Faso, le Nigéria et l’Éthiopie. Ces crises humanitaires provoquées, soit pour des raisons politiques ou environnementales, ont un impact néfaste sur la santé des populations. Une conséquence directe pour les déplacés internes peut être le fait d’avoir un accès limité aux soins de santé, vivre dans des conditions précaires les exposant à plusieurs maladies infectieuses (e.g. : région du Tigray en Éthiopie, Cameroun, Nigéria ou Burkina Faso). Dans d’autres pays comme Madagascar, les données montrent qu’ « environ 390.000 enfants devraient souffrir de malnutrition aiguë modérée et 111 000 de malnutrition aiguë sévère à partir de mai 2022 ». Au Soudan du Sud, la situation est tout aussi inquiétante car une menace de déclenchement d’épidémies comme le paludisme ou la diarrhée aigue est redoutée.
Malgré la mise à rude épreuve des systèmes de santé publique face au Covid-19, il reste important que les Etats membres de l’OMS/AFRO continuent à maintenir leurs efforts face à d’autres urgences sanitaires et humanitaires. Il est donc plus que jamais important de renforcer la résilience des systèmes de santé dans la région.