Dans un communiqué de presse le 6 octobre 2021, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a approuvé l’utilisation du vaccin antipaludique RTS,S/AS01. Cette avancée historique est notamment fondée sur le succès des programmes de vaccinations déployés à titre expérimental dans trois pays de la région africaine de l’OMS (OMS/AFRO) qui sont le Ghana, le Kenya et le Malawi. Depuis 2019, plus de 2.3 millions de doses ont déjà été administrées dans ces pays et ont prouvé que ce vaccin est un outil supplémentaire efficace dans la lutte contre le paludisme.
Le paludisme, fléau dans la région africaine
Réel fléau dans la région africaine, le paludisme tue chaque année des milliers d’enfants. En 2019 par exemple, 257 950 d’enfants ayant moins de 5 ans sont décédés du fait de cette maladie selon la dernière fiche d’information régionale sur le paludisme de l’Observatoire africain intégré de la santé (iAHO). En effet, à la fin de l’année 2019, il était estimé que 215 millions de personnes dans la région OMS/AFRO avaient été infectées par le paludisme. Il est tout aussi important de noter que la pandémie du COVID-19 a perturbé l’accès aux services de santé pour le paludisme. Selon les données de l’enquête par sondage sur la continuité des services de santé essentiels pendant la pandémie de COVID-19, 36% des pays interrogés dans la région ont déclaré connaitre des perturbations dans les services de traitement et de diagnostic du paludisme.
Comme souligné par Dre Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l'OMS/AFRO,
« Nous attendons depuis longtemps un vaccin antipaludique efficace et, pour la première fois, un tel vaccin est recommandé pour une utilisation à grande échelle. La recommandation formulée aujourd'hui offre une lueur d'espoir pour le continent qui est le plus lourdement touché par la maladie. Nous espérons que beaucoup plus d'enfants du continent africain seront protégés contre le paludisme et pourront devenir des adultes en bonne santé».
Nouvelle opportunité pour la lutte contre le paludisme
Résultat de 30 années de recherche, ce vaccin se présente donc comme une réelle opportunité pour la région, et ce pour plusieurs raisons. En effet, alors qu’il existe plusieurs types de parasites du paludisme, le plus répandu et mortel dans le monde et celui ayant la plus grande prévalence en Afrique est le plasmodium falciparum. Le vaccin RTS,S aussi appelé Mosquirix, cible en particulier ce parasite.
De plus, les programmes pilotes au Kenya, Ghana et Malawi ont démontré plusieurs avantages que ce vaccin peut offrir. Premièrement, le vaccin se présente comme un outil prometteur supplémentaire dans la prévention du paludisme (Dre Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l'OMS/AFRO ) dans la mesure où dans les trois pays où il a été administré aucune diminution de l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticides n’a été enregistré. A cet effet, le Directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a accentué sur le fait que « l'utilisation de ce vaccin parallèlement aux outils existants pour prévenir le paludisme pourrait sauver des dizaines de milliers de jeunes vies chaque année». Selon une étude publiée fin août dans le New England Journal of Medecine, menée par Brian Greenwoord, une combinaison entre vaccin et traitement préventif pourrait réduire les hospitalisations et les décès dus à la maladie de 70 % chez les jeunes enfants.
Le programme pilote a aussi démontré que le vaccin serait très rentable surtout dans les pays où la transmission est modérée voire forte, ce qui est le cas pour la région OMS/AFRO. En plus d’être rentable, le vaccin antipaludique permet d’étendre l’équité en matière de lutte contre le paludisme et donc offrir une alternative aux populations vulnérables qui n’ont pas accès aux autres méthodes de lutte contre le paludisme.
Enfin, ce vaccin permet de réduire de 30% les cas graves et mortels du paludisme chez les enfants de 5 à 17 mois ayant reçu les 4 doses de vaccin ; ce qui permettra à la région africaine de se rapprocher des objectifs mondiaux fixés à savoir la réduction de 90% du nombre de cas et de décès dus au paludisme d’ici à 2030.
Prochaines étapes
Maintenant que le vaccin est disponible et approuvé, une des prochaine étape clé sera son déploiement massif dans la région, ce avec le soutien financier de la communauté mondiale ainsi que l’inscription du vaccin antipaludique dans les stratégies nationales de lutte contre la maladie.
Dans un communiqué groupé, les différents partenaires techniques et financier Gavi, Unitaid et le Fonds mondial ont déclaré évaluer « la possibilité et la façon de financer un nouveau programme de vaccination contre le paludisme ». En ce sens, un premier accord de financement entre Gavi, MedAccess et GSK a été adopté. Cet accord garantit la production de l’antigène RTS,S nécessaire pour le vaccin antipaludique. Dans le cas où Gavi soutiendrait le programme de vaccination contre le paludisme, cet accord aura anticiper les problèmes d’approvisionnement et facilitera le déploiement du vaccin dans les pays de la région.
Cependant, la disponibilité d’un vaccin ne rime pas forcément avec son acceptation comme c’est le cas avec le vaccin contre la COVID-19. La question de l’hésitation vaccinale reste donc aussi importante à considérer. L’étude pilote a cependant démontré qu’en deux ans ce vaccin a pu atteindre plus de 800 000 enfants au Ghana, en Malawi et au Kenya et a été accueilli avec beaucoup d’enthousiasme.
Selon Dr. Rose Jalang’o, principale responsable du programme pilote de vaccin contre le paludisme au Kenya :
Les prochains mois restent donc décisifs pour le déploiement du vaccin dans la région africaine ainsi que son introduction dans le calendrier vaccinal des pays.